La chemise de Namir

« Elle est où, la chemise? »

Svabo finit par la trouver.

Une chemise d’enfant, bleue, taille trois ans. Percée par une balle, maculée de sang. L’enfant qui la portait s’appelait Namir Redzic.

Elle a été mise sous verre, encadrée, comme pour être exposée, montrée au grand jour, pour témoigner de la violence d’une guerre où on tue par balle des bambins de trois ans. Pour ne pas oublier.

Mais la chemise encadrée est coincée derrière un placard, dans les bureaux d’Izvor, une association qui s’occupe de la recherche de disparus et du soutien à leurs familles, à Prijedor. C’est ici qu’a commencé le nettoyage ethnique, au printemps 1992. Aujourd’hui, en ville, on dit que les musulmans sont partis de leur plein gré.

A quelques dizaines de mètres de là, une gigantesque croix orthodoxe se dresse en face de la mairie, en souvenir aux victimes de la guerre. Forcément tous orthodoxes, donc serbes. Pas comme le petit Namir, dont la chemise dort derrière un placard poussiéreux, condamnée au silence, poussée vers l’oubli.

Texte : Taina Tervonen

Photo : Zabou Carrière – La chemise de Namir, Prijedor, 23 septembre 2010

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